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Pourquoi les clubs gays sont devenus has-been ?

Olivier : bonjour Elyas, merci de nous recevoir, tu es le responsable com du Gibus qui détient également le Cox, le Freedj et le Who’s et si je viens te voir, c’est parce qu’aujourd’hui, beaucoup de gens considèrent que ton équipe est l’une des rares qui se donne la peine de faire des choses de qualité au sein de la communauté gay. Bien sûr, d’autres organisateurs travaillent à faire de bonnes soirées -je pense à la Dimanche, à la BLT, à la House of Moda, au Balcon ou bien encore à la Mine- mais dès qu’on parle initiative, c’est votre nom qui revient sur toutes les lèvres.

Les gens citent spontanément les différentes décos du Cox ou bien la Menergy. Vous résistez bien alors que beaucoup de clubs gays sont devenus has been. Tu as une explication à ça ?

Elyas : et bien écoute Olivier, c’est très gentil de le poser comme ça, ça nous touche – vraiment- parce qu’on essaie sincèrement de faire de notre mieux. En fait, la révolution qu’on essaie de mener au Cox et au Gibus part d’un constat simple : Jean Bernard Meneboo, notre directeur, Andrei Olariu, notre DA et moi étions un peu tristes de partir à l’étranger pour assister à des soirées et à des festivals intenses et puissants pour revenir ensuite à contre-coeur dans un Paris routinier au point d’être morose.

C’était déprimant de ressentir autant de ferveur dans une gay pride à Madrid ou dans une soirée à Amsterdam pour sombrer au retour dans une grisaille sans cotillons.

Alors du coup, comme on est tous clubbers, on s’est dit qu’on allait créer les soirées auxquelles on aurait vraiment eu envie d’aller en tant que clients.

Olivier : et du coup, c’est quoi une soirée à laquelle tu aurais eu envie d’aller ?

Elyas : et bien en fait, on a fait 4 constats simples.

Le premier, c’est qu’il n’y avait plus de renouvellement du tout dans les sorties.

  • Même si on aime beaucoup le Marais, on y tournait en rond. On faisait le sempiternel même circuit entre le Cox, le Raidd, les Souffleurs, le Freedj et le Carré. Ne te méprends pas, ce sont des bars géniaux, le Raidd par exemple marche très bien mais se posait la question de quelque chose de neuf. Après tout, la nouveauté, c’est 50% du plaisir de sortir.

Le second constat, c’est que le service parisien était vraiment très mauvais.

  • Le contraste était flagrant entre les soirées qu’on passait à Barcelone ou à Tel Aviv où les serveurs étaient souriants et prenaient réellement soin des clients et les soirées Parisiennes, parfois un peu condescendantes. A paris, dans certains établissements, depuis les vigiles désagréables jusqu’aux serveurs qui vous faisaient l’honneur de vous tendre un verre, on avait parfois un peu l’impression de déranger. Nous, nous avons décidé de remettre le client au centre du jeu.

Le troisième constat, c’est que la clientèle a changé.

  • La communauté est moins cloisonnée en groupes et en sous groupes. Les gens sont plus éclectiques. Ils sortent dans différents endroits et ils cherchent des choses plus variées. Pour faire clair, les noctambules n’hésitent plus à manger à tous les râteliers et tu peux retrouver les mêmes clubbers à la House of Moda comme à la Menergy. Il n’y a plus de règles. Du coup, il ne s’agit plus de faire des soirées segmentantes mais plutôt de donner des accroches communes à des publics différents.

Le quatrième constat, c’est que le terrain de jeu est plus ouvert.

  • Les générations précédentes sous-estiment le travail qu’elles ont réalisé. Elles ont déblayé le terrain. Le fait qu’elles se soient battues et qu’elles aient fait voter le pacs puis le mariage fait que nous sommes plus acceptés. On commence de sortir du Marais pas simplement par ennui mais aussi et surtout parce qu’on est plus accepté ailleurs que dans notre quartier. On court moins de risques, du coup, on peut s’éparpiller et ça réouvre l’offre. Spontanément.

Olivier : c’est un joli constat et quelque part, ça  me rassure. Quand je vois l’état de la Gay Pride à Paris, alors même qu’on est la première ville touristique au monde, ça me désole. Surtout quand je pense aux premières que j’ai faites, celles où le Pulp et le Rex faisaient cause commune pour nous offrir des chars de dingue.

Même le Banana osait des trucs extraordinaires. Et maintenant, avec le déclin du Marais, j’en arrivais à me demander si on était encore capable de produire des choses ? Si on n’était pas un peu has been ?  Après tout les hétéros se sont sacrément mis au niveau : ils prennent soin d’eux, ils s’habillent à la mode, il sont métro-sexuels, ils se sont vachement libérés sexuellement… On a parfois du mal à les distinguer de nous.

Et pour avoir fait les premières Drom, à la Courneuve, ils envoient du lourd au niveau lieu de fête et au niveau son. C’était Berghainesque. Alors, on est has been aujourd’hui ?

Elyas : il y a deux réponses à apporter à cette question.

Première réponse, il n’y a plus de différences entre gay et hétéros et tant mieux.

Contrairement aux apparences, nous avons une clientèle hétérosexuelle qui vient au Cox et qui vient au Gibus et tant mieux. Ils respectent les pédés et les pédés les respectent. La seule chose qui nous différencie d’eux aujourd’hui c’est la sexualité. De toute façon, il y a tellement de variétés de pds aujourd’hui qu’essayer de trouver un fil conducteur est devenu illusoire. Les gens sont différents, ils se mélangent, ils sont éclectiques et c’est ce mouvement qu’il s’agit d’accompagner.

Seconde réponse, non, les pédés sont tout à fait capable de produire des choses. En tout cas, nous, au Gibus, on essaie.

  • Toute l’équipe est passionnée : au bar, à l’entrée, à la com, sur scène. Et on se met la pression : on essaie de faire de vraies décos, de la vraie com, on engage de vrais chorégraphes, on commence d’utiliser le matériel vidéo pour faire du vrai V-jaying. Et les clients le ressentent : on sent se rassembler autour de nous un noyau dur de récurrents qui nous soutiennent et qui nous aiment parce qu’on essaie de faire des choses qualitatives et visuellement belles. Si on s’échine, c’est pour qu’ils ne ressortent jamais déçus, on aurait honte.

Olivier : c’est quoi la recette du coup ? Comment on arrive à créer des évènements qui tiennent la route ? A tous les gamins qui veulent lancer leur affaire, tu leur dis quoi ?

Elyas : il y a 3 ingrédients pour faire de bons clubs gays :

Le premier, c’est qu’il faut être passionné.

  • Si tu n’aimes pas ce que tu fais, ce n’est pas la peine. Chez nous les barmans sont souriants parce qu’ils ont envie d’être là, pas parce qu’ils font des sourires commerciaux. On choisit des gens passionnés, qui veulent vraiment faire des choses et on fait en sorte qu’ils se sentent bien. Notamment en les laissant faire. On n’est pas fliqués ou dirigés. Chaque membre de l’équipe est autonome et peut aller au bout de ses propositions : tu as envie de faire quelque chose, monte le projet et propose le, c’est la règle.

Le second truc, c’est qu’on porte un projet commun.

  • Jean-Bernard évite que les énergies se dispersent, il tire le meilleur parti de nos différentes compétences et nous, au lieu de vouloir à tout prix se mettre en avant, on essaie de s’entr’aider et de parler avec les clients. Il n’y a pas de question d’égo ou de fausses pudeurs : si on juge qu’un membre de l’équipe se plante ou pourrait pousser les choses plus loin, on lui dit et on l’aide à avancer. Ca rend l’équipe très cohésive. On est exigeants mais on collabore bien, on va tous dans la même direction et les rouages sont synchros.

Le troisième truc, c’est de savoir se professionnaliser.

  • Il n’y a rien de pire que les établissements qui vieillissent dans leur meubles sans jamais rien faire et qui se posent les questions d’avant-hier. Il faut vivre avec son temps. Il faut tirer partie des nouvelles technologies, se poser les questions brûlantes, prendre à bras le corps ce qui arrive au lieu de refuser tout ce qui change. Sans poser les bons diagnostics, il est impossible de remonter la pente.  Et je ne parle pas à la légère : quand on est arrivés, le Gibus avait extrêmement mauvaise réputation -sale, baisodrome, mauvaise musique- on était dans le rouge. Et bien, on a pris le problème à bras le corps et en un an on a inversé la tendance. Maintenant, les gens nous font confiance. D’ailleurs, on va passer à la vitesse supérieure. L’ambition, c’est de de devenir un club de dimension européenne. Là, on va lancer notre propre label de soirées, en parallèle des collaborations habituelles, et on va même commencer des soirées hors les murs : la Excite au Pavillon des Champs Elysées, le 25 mars. Ce sera plus gros, plus grand, plus évènementiel et ça permettra aux clients d’expérimenter de nouvelles choses.

Olivier : qu’est-ce qui manque aujourd’hui, en termes d’affaires, au sein de la communauté ?

Elyas : peut-être un accélérateur de projets ? Nous, on donne leur chance à des gens qui ne viennent même pas forcément du milieu de la nuit et qui ne sont pas forcément des clubbers. Mais ils sont talentueux alors on voit ce qu’ils ont à proposer, on les laisse construire des projets et si ils sont bons, on les porte.

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Elyas Bentahar • 22 février 2017


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