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amour homosexuel

Comment devient-on homosexuel et pourquoi l’amour gay est (parfois) si difficile ?

“L’homosexualité n’est évidemment pas un avantage (dans la société étroitement bourgeoise du XXème siècle), mais il n’y a là rien dont on doive avoir honte, l’homosexualité n’est ni un vice, ni un avilissement et on ne saurait la qualifier de maladie ; nous la considérons comme une variation de la fonction sexuelle.”

Sigmund Freud

1 – Objet de l’article

A une époque où des oncles balancent leurs neveux homosexuels d’un balcon situé au neuvième étage en Tchétchénie pour « régler le problème gay », il est peut être nécessaire de remettre de l’éducation là où les politiques et les religieux sont généralement ignares et bien souvent cyniques.

Mais il faut dire qu’instrumentaliser l’homosexualité rapporte beaucoup. Cela permet de cliver facilement des populations en manque d’espérance durant les campagnes politiques et de designer des « faibles » comme déversoir à haine.

Chaque fois que le politique ne joue pas son rôle de surmoi en autorisant qu’on désigne des cibles (femmes, enfants, homosexuels, étrangers, intelligentsia…) il autorise la guerre de tous contre tous et faillit à son rôle de régulateur de la société.

Quand à nous, quel est notre rôle dans cet article ? Notre rôle, comme le rappelait Carl Sagan, ou plutôt notre travail, en tant que chercheurs, c’est d’utiliser la science pour « démasquer le bluff ». Pour s’extirper de la folie des croyances et des fantasmes. Pour éviter que des groupements religieux sectaires n’intoxiquent les premiers résultats de recherche de Google avec des articles tentant de brocarder l’homosexualité sous couvert d’arguments scientifiques. Comme on utilisait autrefois la biologie pour discréditer le juif.

Nous ne sommes pas là pour flatter les bonnes moeurs, les préférences sexuelles ou le bon goût mais pour comprendre la mécanique des choses : la Psychologie explique l’homosexualité de façon convaincante depuis plus de 100 ans, il est peut-être intéressant d’écouter ce que tant de chercheurs ont à dire.

2 – Précautions

  • Les professionnels nous pardonneront certains raccourcis ou approximations nécessaires à la vulgarisation des concepts clefs de la Psychologie clinique et de la Psychanalyse
  • Tenter de donner un modèle intégratif des différentes visions n’est pas toujours simple et on nous pardonnera également quelques oublis, volontaires ou non
  • Il y a la grande et la petite histoire : même s’il est possible de repérer les grandes lignes expliquant la genèse de l’homosexualité, chaque histoire a ses propres démêlés, ses « accidents du désir » comme Freud le notait, et toutes les histoires ne sauraient se superposer comme des calques : s’il existe de grandes règles communes, chaque vie est un terrain de jeu, original, et “jamais encore la vérité ne s’est accrochée au bras d’un intransigeant.” 
  • Ensuite, la cure a pour but de préparer la guérison (guérison au sens du mieux-aller, au sens de se déployer soi-même), de débloquer les choses qui étaient coincées, de curer les plaies pour que l’individu guérisse tout seul. Comprendre les grands mécanismes de l’homosexualité ne saurait donc se substituer à une analyse : la théorie ne doit pas remplacer la vie et il demeure du ressort du patient de saisir la nature de ses fantasmes individuels, chose qu’on ne peut faire qu’en séance. Une thérapie commence à deux et se finit à trois : quand apparaît sur la chaise jouxtant le divan, l’inconscient du patient -qu’il ne pouvait par définition pas connaître- que l’inconscient du psychanalyste aide à faire émerger.
  • Enfin, dans cet article, on parlera beaucoup de la place de la mère. Les mères portent ce lourd fardeau d’élever les enfants. Elles ont cette place si distinctive qu’elles sont tout pour leur enfant, au moins durant les premiers mois de la vie. On leur pardonnera donc de ne pas être parfaites. L’aurait-on été à leur place ? Les mères aussi ont un inconscient, elles font ce qu’elles peuvent. Cet article veut donc éclairer mais sans jamais être à charge

3 – Freud défriche le terrain : comment devient-on homosexuel ? La question du choix d’objet

Lorsque Freud commence d’explorer le sujet de l’homosexualité, remettons le lecteur dans le contexte : nous sommes au début du XXème siècle, dans un monde Victorien où prévaut encore une morale bourgeoise teintée de sens de la punition divine.

Que Freud tente de dépasser « l’empire des bonnes moeurs » pour commencer d’analyser rationnellement le phénomène à la lueur de données terrain, c’est non seulement tout à son honneur mais surtout tout à l’honneur de la Science.

Ce que Freud commence d’entrevoir au cours des cures qu’il mène, c’est que l’homosexualité n’est probablement pas une disposition innée : on ne naît pas homosexuel, on le devient, au cours d’un processus que Freud va nommer « le choix d’objet ».

Attention à l’erreur évidente qui se profile tout de même : il ne s’agit pas d’un choix au sens où nous l’entendons pour les adultes. L’homosexualité n’est pas un choix intentionnel comme on choisit une paire de chaussettes ou bien un restaurant.

Ce n’est pas une prise de décision volontaire. Les mères n’expulsent pas de leur utérus de petits militants hurlant « Homosexualité ! », le poing levé, après avoir décidé seuls de leur orientation au cours la grossesse. Le bébé n’est pas un adulte en miniature.

Quand on parle de « choix d’objet » il faut plutôt l’entendre comme une adaptation. Dans un contexte où l’enfant, vierge par nature, pouvait se structurer en hétérosexuel ou bien en homosexuel, il s’oriente vers l’homosexualité parce qu’il s’agit là d’une façon d’être au monde plus stable pour lui et qui lui permet de mieux s’inclure dans le système de relations formé par la cellule familiale.

On pourrait dire que l’homosexualité est une façon de « passer » ou de « gérer » un obstacle auquel l’enfant est confronté. C’est une posture qui lui sert d’outil pour gérer des évènements inattendus.

4 – L’homosexualité, une maladie dont on guérit ?

L’homosexualité étant une adaptation primitive, une contre-réaction à ce qui est donné par la famille (tout comme l’hétérosexualité l’est à sa manière), Freud en déduit donc que la guérison des homosexuels est une absurdité : on ne change pas un hétérosexuel en homosexuel, alors pourquoi espérer l’inverse ?

Hétérosexualité et homosexualité sont des adaptations, on pourrait dire des « câblages cérébraux » mis en place très tôt dans la vie de l’enfant et qui ne sont pas des tares mais simplement une façon différente d’avoir affronté la réalité et d’avoir résolu les problèmes qui se présentaient dans la famille.

Lionel le Corre souligne dans une vision de flux pulsionnel, pour expliquer la répartition des investissements entre hétérosexualité, bisexualité et homosexualité : “Une plus grande quantité de libido en un point donné et c’est d’autant d’énergie en moins sur les autres voies possibles du développement libidinal”.

Et cette coloration de l’enfant n’est pas une simple propriété, une « option » dont on pourrait se séparer. Au contraire, elle est une choix-socle de la personnalité sur lequel se bâtit le reste de la vie : le primitif devient profond.

Guérir un homosexuel reviendrait donc à effacer sa personnalité. Ce qui ne semble pas gêner certains pays mais qui en démocratie s’appelle un meurtre. Il serait d’ailleurs intéressant de questionner, d’un point de vue psychologique, la violence de ceux qui veulent guérir les homosexuels mais aussi les étrangers, les femmes, les autres, en bref tout ce qui est différent, à tout prix. En définitive, ce sont peut-être eux qui sont malades ?

5 – L’homosexualité est-elle de même nature que l’hétérosexualité ? Ou bien est-elle d’une autre nature, on pourrait dire non comparable ?

Quand on examine les fratries où l’un des enfants est homosexuel, on remarque généralement que tous les frères et soeurs ont développé des adaptations.

Par exemple, pour résister aux “complexités” parentales, dans une même famille, on trouvera des patterns du type : le grand frère est très croyant, celui du milieu est homosexuel et le dernier est délinquant. Trois adaptations différentes à des parents complexes. Trois moyens de survie.

On pourrait dire que les enfants qui naissent sur des terreaux d’attachements difficiles doivent, pour survivre, trouver des parades aux perturbations de leur environnement. Et parmi toute la gamme des parades possibles, l’homosexualité n’en est qu’une parmi d’autres.

Et elle n’est d’ailleurs souvent qu’une variation des tendances que l’on peut trouver dans le reste de la fratrie ce qui nous met sur la voie d’un continuum.

L’homosexualité n’est pas différente de l’hétérosexualité : d’un point de vue psychologique, les homosexuels sont bien constitués. Ils ont un ça, un surmoi, un moi, dix doigts aux mains, dix doigts aux pieds comme les petits hétérosexuels.

Les homosexuels sont des humains comme les autres, avec les mêmes organes que les autres, c’est juste qu’ils les utilisent pour jouer une autre partition. Ce qui les rend originaux mais pas différents : un même grammaire, différents dialectes. Tous les enfants disposent des mêmes capacités pulsionnelles et d’investissement des objets de désir, ils reportent simplement des quantités de désirs différentes sur ces objets en fonction de ce qui les satisfait le mieux. D’où l’expression de Freud : l’homosexualité n’est qu’une variation de la fonction sexuelle.

6 – Origines de l’homosexualité : un problème d’accordage avec la mère

a – Point de départ : un enfant “mal aimé” par sa mère ?

Le respect et l’amour qu’on doit aux mères ne doivent pas nous empêcher de voir qu’elles aussi, parfois, ont des problèmes. Et à jouer l’autruche, on passerait, en tant que chercheur et thérapeute, à coté des mécaniques les plus importantes.

Comme le rappellent Freud dans son texte “Conseil aux médecins dans le traitement psychanalytique” ou bien encore Nasio dans une de ses récentes conférences, le travail du Psychanalyste, lorsqu’il écoute le patient, n’est pas d’écouter ce que le patient ressent actuellement, sur le divan, mais bien de se faire l’écho de ce que le patient a ressenti étant enfant et qui le bloque encore à l’âge adulte.

Or, lorsqu’on écoute des patients homosexuels, ce qu’on entend, lorsqu’on prête attentivement l’oreille, c’est de la faim. De la faim brute, de la faim d’être soi-même, de la faim qui pourrait désintégrer, de la faim de se développer mais toujours de la faim.

La plainte qui revient est celle d’une frustration et d’une crainte. Celle d’un enfant qui n’aurait pas eu assez comme avec une mère rétive : la plainte d’une mère qui aurait rempli son devoir de mère “Elle s’occupait bien de moi, je ne manquais de rien” mais qui n’aurait peut-être pas donné l’essentiel.

Dans ses écrits, Freud mentionne que l’homosexuel serait un garçon « mal aimé » par une mère insatisfaite.

Proposition énigmatique qu’il faut, pour en comprendre toute l’ampleur, éclairer à la lueur des travaux de Donald Winnicott, Pédiatre, Psychiatre et Psychanalyste des années 50, spécialiste des enfants et inventeur de notions aussi clefs que l’objet transitionnel ou la capacité d’être seul.

Dans Processus de maturation chez l’enfant, Winnicott précise : « La mère qui n’est pas suffisamment bonne n’est pas capable de rendre effective l’omnipotence du nourrisson et elle ne cesse donc de faire défaut au nourrisson au lieu de répondre à son geste. A la place, elle y substitue le sien propre, qui n’aura d’autre sens que par la soumission du nourrisson. Cette soumission de sa part est le tout premier stade du faux « self » et elle relève de l’inaptitude de la mère à ressentir les besoins du bébé. »

Qu’est-ce que ce la veut dire ?

b – Qu’est-ce qu’une “bonne mère” ? La définition de Winnicott : une mère “suffisamment bonne”

Notons pour commencer que lorsque Winnicott parle de « mère », il entend toute personne qui s’occupe du bébé ou qui en prend soin. Qu’il s’agisse de la mère, de la grand-mère, du père ou bien d’une infirmière. On parle ici de toute personne capable de ce que Winnicott appelle “une préoccupation maternelle primaire”, c’est à dire la capacité de s’identifier profondément au nourrisson afin d’en prendre soin de façon quasi-exclusive durant les premiers stades de la vie.

Stades pendant lesquels le petit enfant se trouve dans un état de forte dépendance : à cette étape de son développement, le bébé dépend entièrement de ce qui lui offre la mère, c’est la mère qui incarne pour le bébé un environnement favorable et il est important qu’elle “ne le laisse pas tomber” c’est à dire qu’elle assure la “continuité d’existence du nourrisson”.

D’autre part, lorsque Winnicott parle de « Bonne mère », il ne s’agit pas d’un jugement de valeur. On ne cherche pas à savoir si la mère est convenable du point de vue de la morale mais bien plutôt si elle donne à l’enfant les éléments nutritifs nécessaires pour que sa personnalité se développe.

Dans processus de maturation chez l’enfant, Winnicott théorise la chose de la façon suivante : “on pourrait dire que (par sa présence) la mère transforme le moi faible du nourrisson en moi fort parce qu’elle est là, affermissant chaque chose, comme une direction assistée sur un autobus”. Et même plus tard, durant les phases de dépendances relatives et d’indépendance, la mère continuera d’être une sorte de support, une « base de sécurité » : se sentant en confiance, l’enfant peut s’éloigner d’elle pour explorer le monde puis revenir à elle quand les choses l’inquiètent ou qu’il se sent fatigué.

Mais c’est réellement dans « La Capacité d’être seul » que Winnicott précise de façon cruciale le concept de « mère suffisamment bonne » : une bonne mère, c’est une mère qui, tout en s’occupant de son enfant, le laisse respirer. Elle se soucie de lui mais pas trop. Elle le prend en charge suffisamment pour qu’il se sente en sécurité sans pour autant prévenir ses expériences.

c – L’épreuve de la naissance

La naissance est une épreuve :

  • Tout d’abord, par la violence des changements qui s’opèrent : le premier étant le passage du ventre de la mère à l’extérieur
  • Ensuite, par l’immaturité psychologique du nourrisson : Mélanie Klein et Winnicott rappellent que le bébé n’est pas un être en miniature. Le bébé est immature à la naissance au sens où, par exemple, il n’est pas capable de faire la distinction entre ce qui relève de lui et ce qui relève de l’extérieur ou entre ce qui est bon ou mauvais. La mère fait partie de lui et il ressent l’extérieur comme une partie de soi. Ce qui le met constamment au bord d’une “grande angoisse inimaginable” (au sens où le nourrisson ne peut ni l’imaginer ni la théoriser ou la verbaliser) et qui correspond peu ou prou à un sentiment de morcellement ou de chute que seuls les soins corporels (le fait d’être touché ou bien lavé) peuvent endiguer
  • Et enfin, par la violence des sentiments qui éclatent chez le bébé : faim, amour, haine, culpabilité apparaissent très tôt dans le développement et le bébé les ressent de façon irrépressible et intense. Joan Rivière, dans “L’amour et la haine” rappèle que lorsque les désirs du bébé ne sont pas satisfaits, le bébé prend conscience de façon transitoire de sa dépendance et éclate d’agression accompagnée de douleurs, brûlures et sentiments de suffocation et d’étouffement

d – Capacité de la mère à ressentir la préoccupation maternelle primaire et conséquences sur l’accordage avec le nourrisson

“Nul n’est capable de porter un bébé, s’il ne peut s’identifier à lui”

Donald Winnicott, Processus de maturation chez l’enfant

Winnicott rappelle que durant les premières semaines après l’accouchement, pour pouvoir ressentir une préoccupation maternelle primaire, c’est à dire pour s’identifier à son petit, la mère a besoin de régresser elle-même à ses propres sensations de nourrisson. Elle doit se sentir “éveillée” au besoins de l’enfant comme s’il s’agissait des siens.

Et cette capacité ne va pas sans vulnérabilité. La mère doit être psychologiquement disponible et, généralement, l’entourage (le père, la famille…) créent autour d’elle une bulle de protection qui lui permet de se soucier uniquement de son enfant.

Pourtant, Winnicott souligne que certaines mères ne peuvent pas jouer ce rôle de « filet de sécurité ».

  • Soit leur environnement est si perturbé qu’elles ne sont pas sereines (biais externe)
  • Soit, c’est leur propre psychanalyse qui les handicape (biais interne) :
    • Certaines mères sont trop possessives, invasives et cherchent à organiser tous les détails de la vie de leurs enfants.
    • D’autres perçoivent leur progéniture comme « demandantes » et le leur font payer, on pourrait dire qu’elles sont « retaliantes ».
    • D’autres enfin, parce qu’elles sont dépressives, par exemple, n’ont à offrir qu’un regard vide à leurs enfants, regard que ceux-ci vont tenter de réparer jusqu’à l’épuisement.

Les enfants dissolvant alors toute l’énergie qu’ils auraient du consacrer à leur propre croissance dans le siphon de cette mère qu’il faut remettre à flot.

Les enfants avec ces types de mères n’ayant jamais pu expérimenter de « capacité à être seul en présence de la mère » et à se sentir pleins et en sécurité même en présence d’autrui s’avéreront souvent troubles quand à leur lien aux autres. Incapables de le gérer aussi naturellement qu’ils le voudraient.

Souvent, pour eux, le lien est toxique, ils ne savent pas quoi en faire : le lien les suffoque. Ils dansent d’un pied sur l’autre, ils oscillent entre dépendance et puis rejet.

A certains moments, la dépendance est si forte que toute rupture du lien les plonge dans un océan de solitude.

A d’autres, autrui devient un embarras, comme une gène sur la poitrine, une chose en plein milieu, comme une sorte d’étouffement à contourner.

e – Par quoi la mère est-elle entravée dans son ressenti de la préoccupation maternelle primaire ?

Sur ce sujet, Bokanowski a une proposition subversive mais que je trouve très intéressante à entendre car elle me semble être finalement assez juste :

L’hypothèse qui s’est souvent imposée à moi, à l’écoute d’un certain nombre de patients adultes hommes, est que le sentiment d’identité de l’homosexuel est d’autant plus mal assuré que pour la mère de l’homosexuel le pénis de son fils est l’objet d’une phobie inconsciente qui, chez elle, entraîne une haine inconsciente absolue.

Cette phobie chez la mère de l’homosexuel me semble avoir comme origine et pouvoir être reliée à l’angoisse réveillée par ses désirs de petite fille pour le pénis de son propre père, pénis à propos duquel elle a développé le fantasme de ne pouvoir se l’approprier qu’en le dérobant à sa mère. Ce fantasme entraîne alors en elle un sentiment de culpabilité qui vient inconsciemment transformer le pénis du père (et par extension le pénis de tous les hommes : celui de son mari, comme celui de son fils), en pénis destructeur pour son intérieur de petite fille.

La mère de l’homosexuel homme utiliserait ainsi la régression à son propre Œdipe comme « défense » contre-œdipienne, face aux désirs qu’elle peut éprouver pour le pénis de son fils. Ainsi en transformant (par identification projective) le fantasme du pénis-du-père-volé-destructeur en pénis-du-fils-restitué-à-détruire, la mère de l’homosexuel fragilise celui-ci sur le plan de l’identité, tout en instaurant chez lui les conditions des failles et des faillites narcissiques ultérieures.”

Une autre façon de le dire et qu’on retrouve assez facilement dans le comportement des mamans d’homosexuels : c’est qu’elles sont à la fois des battantes mais aussi, souvent, sur le qui-vive, dans la crainte, toujours mises en danger, rétives et en constante rébellion. Ce que Bukanowski appelle le masculin pourrait aussi se comprendre comme ce sur quoi la mère butte et qui l’angoisse et qu’au fond, elle est.

Notons enfin que comprendre ce qui anime la mère n’est pas prétexte à l’objectiser : elle ne saurait être réduite à son rôle de mère, elle est d’abord une femme. Après tout, si elle ne voulait pas d’enfant, si elle s’en avère incapable ou bien si elle les fait à sa manière, qui pourrait l’en blâmer ? Winnicott a toujours précisé que “la mère suffisamment bonne” n’était qu’un concept pour comprendre les choses mais inapplicable et indiscernable dans la réalité : il n’y a pas de modèle absolu.

f – Des difficultés d’accordage avec la mère qui peuvent se comprendre dans un modèle de flow

Le flow qu’est-ce que c’est ?

Le flow est un modèle de Psychologie Cognitive développé par Mihály Csíkszentmihályi, Psychologue et Psychiatre de l’université de Chicago pour décrire un état mental d’engagement profond dans une activité.

Son modèle a largement été repris par différentes disciplines pour expliquer des sujets aussi différents que l’apprentissage, le plaisir ou bien encore le jeu.

Le monde ludique, en particulier, a très rapidement compris l’intérêt du modèle de flow pour rendre compte des états mentaux des joueurs.

Le flow, c’est ce sentiment d’engagement profond et focalisé, presque méditatif, que vous ressentez lorsque vous jouez à un jeu vidéo ou bien lorsque vous lisez un livre passionnant.

Le flow, c’est ce moment d’engagement si profond dans une tâche que le monde autour de vous peut bien s’écrouler parce que vous n’y êtes plus attentifs. Le flow correspond à un moment de concentration aigu des fonctions cognitives accompagné d’une impression de ralentissement du temps et de “montée” mentale.

Et il faut également comprendre que le flow est un état mental “sur le fil”, en équilibre entre deux pôles : si le jeu est trop simple, on ne monte pas à bord et si le jeu est trop compliqué, on s’en éjecte. Le flow est un état mental d’expression joyeuse de la libido mais qui ne survient que lorsque le jeu est engageant, excitant, challengeant et prenant – au sens du holding de Winnicott.

D’autre part, une interruption brutale du flow – par exemple quand un parent éteint sans prévenir la console de jeu vidéo d’un enfant absorbé dans un partie – produit un effet traumatique de “redescente” comparable à une descente de drogue.

On se rend compte, dès lors, que les données évoquées précédemment par Winnicott peuvent se comprendre dans un modèle de flow : normalement, lorsque la mère est suffisamment bonne, la relation mère-bébé est un flow. Le courant passe normalement et de façon continue : quand le bébé a faim, la mère place son sein au bon endroit au bon moment pour le nourrir et la connexion est magique, l’oralité suffisante, le bébé se détend à plein dans le plaisir d’incorporer ce qui le nourrit, au sens de Mélanie Klein.

En revanche, si la mère est compliquée, le flow ne s’installe pas ou pas bien et le courant passe plus difficilement. Si la mère est contrôlante, retaliante ou angoissée, elle éjecte le bébé du flow ou, plus exactement, elle brise le flow avec l’enfant pour y substituer le sien de force. Et si la mère est dépressive, le jeu est vide et l’enfant ne peut pas monter à bord. La mère prend toute la place par défaut.

Les enfants ayant connu ce genre de flow très précocement lors de leur existence seront donc balancé entre la faim brutale d’un flow idéal et sans heurts (qu’ils n’ont pas connus) d’un coté et, de l’autre, le besoin instinctif de réparer les flows défectueux pour remettre le jeu avec les autres sur pied (comme ils l’ont toujours fait avec leur propre mère sans s’en rendre compte).

Winnicott signale : « L’enfant étant inclus dans les défenses maternelles contre la dépression, elle (la mère) l’empêche d’atteindre sa propre position dépressive suite à ses fantasmes sadiques et donc à la culpabilité (le sentiment d’être responsable de l’objet) et aux possibilités de réparation et de restauration ».

En clair, en demandant à son enfant de la réparer, la mère fait barrage à sa constitution et notamment à la tentative de l’enfant de gérer ses motions et ses conflits internes.

g – Place du père

Dans un certain nombre de familles où l’enfant est homosexuel, on a souvent la sensation d’un père disqualifié :

  • Bokanowski souligne très justement : “ces pères ne peuvent faire autrement que de projeter leurs angoisses sur leurs fils. Soumis eux-mêmes à leurs angoisses de castration, ces pères sont le plus souvent dans l’incapacité d’assumer une véritable position paternelle et virile qui les autoriseraient à « châtrer » symboliquement leurs fils ; de même sont-ils dans l’incapacité d’assumer une position maternelle, dans la mesure où celle-ci les renverrait à la crainte de leur propre féminité et de leur propre homosexualité”.
  • Et inversement, la mère, comme un chef de horde, assume souvent une position dominante -ce qui en soi n’est pas grave- mais qui peut s’avérer malsain lorsqu’elle disqualifie le père en le dénigrant, en le chassant ou en s’en séparant (parfois à raison). Là où Bokanowski a raison, c’est que certaines mères ressassent la haine du père (du masculin, du pouvoir) à plus soif. Sans se rendre compte, que le masculin, dans la famille, c’était souvent la grand-mère.

Le père ne joue ni le rôle de protection de la mère qui lui permettrait de faire bulle pour s’occuper de l’enfant (soit que le père soit défaillant soit que la mère le disqualifie) et, plus tard, le père ne joue souvent pas non plus de rôle très actif dans le conflit oedipien. Le père s’entête même parfois à ne pas jouer ce conflit oedipien : qu’il soit absent (parti, souvent chassé par le self masculin de la mère), présent mais faible ou bien passif et indifférent vis à vis de sa progéniture.

7 – Comment l’enfant se structure-t-il si la relation avec la mère n’est pas fluide ?

a – Un espoir toujours déçu

Winnicott nous fait part d’un certain nombre d’observations clefs sur cette structuration :

  • Un espoir toujours déçu : si la mère ne parvient pas à s’identifier à son bébé pour le porter correctement -que l’environnement l’empêche d’être sereine ou bien qu’elle n’y parvienne pas en raison de sa propre psychanalyse- elle va « rater » les rendez-vous avec le nourrisson. Elle ne reconnaîtra pas bien les gestes spontanés de l’enfant, elle passera à coté et chaque fois que le nourrisson « tendra la main », elle ne saura pas l’attraper. Elle répondra « à coté », remplaçant ainsi le geste du bébé par le sien propre. Les rendez-vous systématiquement ratés seront pour reprendre l’expression de Winnicott comme « un espoir toujours déçu ». Le bébé, chaque fois qu’il aura un geste spontané ne sera pas vu, ne sera pas perçu, ne sera pas entendu et retombera à chaque nouvelle tentative dans le noir de l’incompréhension.
  • Un bébé mâture trop tôt : comme la mère ne voit pas le bébé, pour maintenir le lien, c’est le bébé qui va faire l’effort de voir la mère : la faim (et l’angoisse) le maintiennent éveillé. Quand la mère répond bien, le nourrisson se complaît dans un relatif état d’insouciance et d’irresponsabilité, il est détendu et profite de lui-même et de son existence. Mais dans le cas où la mère répond mal, le bébé n’a plus en face de lui une mère qui soutient son insouciance, il a en face de lui une mère étrange, qui ne répond pas ou pas bien, une mère inquiétante, une mère qui fait défaut et qui le laisse avec sa propre souffrance. Et comme le bébé sent que quelque chose ne va pas, que quelque chose ne répond pas, il va devoir sortir de sa torpeur et  ouvrir les yeux, pour voir ce qui ne tourne pas rond. Comme dans un spasme, le bébé va se contracter pour aller chercher cette mère qui ne l’attrape pas. Mais Winnicott souligne que c’est trop tôt : le bébé sort de son inconscience de façon trop précoce. On le force à ouvrir les yeux sur une réalité qu’il n’était pas suffisamment mâture pour intégrer. Et il en restera d’ailleurs une attitude inquiète et blême. Ferenczi disait que « les enfants sont alors forcés de devenir les psychiatres de leurs parents. C’est le terrorisme de la souffrance. Les enfants se voient ainsi obligés de porter sur leurs frêles épaules, le fardeau de tous les autres membres de la famille et finissent par ressembler à des fruits blets ».
  • De la colère. Comme le rappellent très bien Joan Rivière et Mélanie Klein dans « L’amour & la haine », le bébé est un être d’émotions. De satisfactions, bien sûr, mais aussi de colères, brutales et violentes, de cris et de rage quand il a faim, quand il est sale, quand il a peur. Une relation défaillante avec la mère ne va évidemment pas sans rage et sans colère contre elle. Plusieurs choses sont alors à considérer. Tout d’abord, s’il faut constamment “lutter ” contre la mère pour obtenir à manger, si le lien avec elle est un combat (que la mère soit invasive ou bien qu’il faille la remettre sur pied), si le jeu n’est pas un jeu libre, si le jeu n’est pas un échange qui passe tout seul, une sorte de courant continu, si le jeu avec elle est une sorte de courant alternatif violent et destructuré et si le bébé se voit éjecté trop tôt de sa relation de dépendance alors le bébé peut effectivement se mettre à ressentir de la colère.

b – La notion d’empiètement

  • L’empiètement, c’est toute intervention ou évènement extérieur qui interrompt la continuité d’existence du nourrisson lorsqu’il est encore dans une phase de totale dépendance à la mère et que son moi est trop immature pour y parer
  • Winnicott signale “qu’il se produit alors une interférence grave à la tendance naturelle qui existe chez l’enfant de devenir une unité intégrée capable de continuer à avoir un self avec un passé, un présent et un avenir”
  • Le problème, c’est que si la mère est invasive, pas sereine ou absente, alors elle constitue elle-même un empiètement qui va troubler le nourrisson qui se verra alors dans l’obligation de constituer des mécanismes de défense

c – La constitution d’un faux-self chez l’enfant

  • Nature du faux self : le faux self peut être conçu comme une sur-adaptation à l’autre, comme une défense. Normalement, quand l’enfant produit spontanément des gestes, la mère les attrape, y fait miroir, les investit et aide le petit à les investir aussi. Mais quand la mère n’attrape pas les gestes spontanés de l’enfant, ceux qui constituent son vrai self, l’enfant, pour rester accroché à la mère finit par les abandonner. On pourrait dire que le bébé renonce à son identité dans la mesure où la mère y est indifférente. Comme la mère investit son geste à elle et pas celui du bébé, le bébé va suivre en miroir : il va investir son geste à elle plutôt que le sien. Ce qui est une façon pour le bébé de garder le contact. Puisque la mère n’attrape pas le bébé, c’est le bébé qui va attraper la mère  : il va rester à l’affût de ses gestes à elle dans l’espoir de se raccrocher aux branches, dans l’idée d’attraper ce qui passe au vol. « Puisque tu ne fais pas cas de mes gestes, je vais attraper les tiens comme ça au moins il y a une chance de nous retrouver ». Le faux self peut donc aussi être décrit comme une personnalité substitutive. Un moi qui n’est plus le sien, un moi comme un masque qui ne sert qu’à compenser les autres, qu’à leur faire plaisir, qu’à épouser leurs contours plutôt que d’expérimenter son être là. L’illusion (toxique) qui naît alors, c’est de croire que l’être là (le da-sein), son apogée, ne peut-être atteinte qu’en remettant l’autre sur pieds. D’un point de vue cognitif, on pourrait dire que les circuits de plaisir sont « mal branchés » : la mère les a raccordés à la réparation et au masochisme au lieu de les raccorder au narcissisme de l’enfant. Dans toutes les situations de la vie, ils vont donc guider le sujet vers la réparation de l’autre plutôt que vers l’émancipation personnelle.
  • Pour préserver la connexion avec la mère, la personnalité de l’enfant (dont une partie est très naturellement constituée d’amour et de haine) doit être tenue en laisse. En effet si la mère ne supporte pas la présence de l’autre ou, comme Bokanowski, l’exprime, le masculin chez son enfant, alors, l’enfant va donc s’éviter de l’exprimer, il va éviter ses sensations réelles qui pourraient briser la stabilité du lien avec la mère et il en demeurera chez l’adulte des sortes de « trous » dans la personnalité. Comme si certains aspects de l’identité étaient un faux décors de théâtre, comme une scène en carton pâte dont on peut par moment sentir la fausseté.
  • Le faux self permet également d’éviter la dislocation du moi : le faux-self agit évidemment comme une coquille de protection, comme un pare-surtension qui va éviter au moi de l’enfant les décharges de courant trop violentes. Mais ce mécanisme de défense est comme un pacte avec le diable : le faux self, comme un garde du corps va s’interposer entre les violences de l’environnement et le moi authentique, mais en échange, l’enfant, en s’évitant de ressentir des choses ou en se soumettant à ce que les autres attendent pour éviter les frictions va constamment avoir le sentiment de passer à coté de sa vie et de ses propres besoins.
  • Etre forcé à exister : l’enfant, plutôt que de se consacrer à lui même va donc commencer de siphonner son énergie à suivre la mère. Il va « prendre le pli de l’autre ». Il va concevoir la réalité comme ne relevant pas du « je suis là et je ressens des choses » mais comme relevant de « je suis là = me plier à l’autre ». Et bien sûr, l’enfant, obligé de renoncer à lui même pour se soumettre au geste de l’autre, se sent étouffer, à l’impression d’être contraint à vivre dans une prison, ne ressent rien pour lui-même et à une impression d’inanité et de passer à coté des choses. Puisque tout est ressenti non pour soi mais pour les autres.
  • Evitements : l’enfant va donc s’éviter de ressentir des choses. Comme la vie n’existe que quand on se plie à l’autre, quand l’autre veut bien donner de l’attention, on pourrait dire que la réalité propre ne fait pas sens. C’est comme si l’enfant y était aveugle. Il n’est pas capable de penser hors de la boite. L’enfant n’existe qu’à travers la réparation de l’autre. Qu’à travers l’attente de la connexion avec l’autre. Parce que c’est le seul moment où l’autre fait miroir et accepte donc de donner (son) corps. L’enfant va se plier à l’autre dans l’espoir d’une connexion qui validerait (enfin) son existence. L’érotisme est dans l’attente et le saisissement de l’autre, pas dans le développement personnel. Ce qui provoque et de la frustration quand la mère ne regarde pas et de la colère quand la mère oblige l’enfant à dissiper son énergie dans une attente stérile.
  • Un effet de Dépendance. Les images d’Epinal des homosexuels montrent souvent de « petits invertis » restés dans les jupons de leurs mères. Il y a là une révolution copernicienne à faire : ce n’est pas que l’enfant soit dépendant de la mère, c’est plutôt que la mère le retient. Si pour arriver à s’accrocher à elle et à manger, l’enfant doit constamment compenser sa mère, la faim devient comme un  un fil à la patte : elle le retient comme une menotte. L’enfant, plutôt que d’explorer l’extérieur, plutôt que de se déprendre de sa mère, consomme toute son attention à lutter pour rétablir le lien et pour arracher quelque chose à manger. Plutôt que d’indiquer la porte de sortie vers d’autres jeux, peut-être la mère s’indique-t-elle elle-même comme seul soleil de cet univers ? L’enfant reste seul, soucieux, avec sa faim qui finit par tourner à l’aigre parce qu’il faut toujours se résoudre à arracher quelque chose. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si beaucoup de névroses homosexuelles s’apparentent à des troubles alimentaires (asexualité, hypersexualité, anorexie, boulimie…) comme façon de contrôler ce qui est mangé ou de se vautrer dedans pour compenser le vide. On pensera à l’hystérie aussi, si typique du milieu gay et qui n’est peut-être rien d’autre que la faim qui essaie de sortir en hurlant. Et tout cela va très rapidement poser la question du narcissisme et de la construction de l’autonomie de l’enfant : sans amour porté sur lui et sans capacité à expérimenter ce qui vient de lui, le narcissisme doit en prendre un coup. Tournons ça autrement :  beaucoup de mères d’homosexuels sont des femmes qui ne laissent jamais le bébé narrer sa propre histoire.

d – La question de l’effet miroir et de la féminité :

  • Si l’enfant crée effectivement un faux self pour plaire à la mère et arrondir les angles afin d’obtenir à manger, alors, les productions de l’enfant sont toujours des réactions aux demandes de l’environnement mais jamais vraiment les siennes propres, authentiques. On pourrait dire que l’enfant « mime » la personne à laquelle il se plie. Winnicott nous dit : « l’enfant peut en grandissant ressembler exactement à la mère, à la nourrice, à la tante, au frère ou à quiconque occupe le premier plan ». On trouvera peut-être là une première explication de la féminité des garçons : ils miment leur mère.
  • Enfin, la féminité est peut-être aussi à questionner comme un “équeutage”  voulu par une mère qui, comme nous l’avons vu n’a pas forcément de sympathie pour le masculin : elle équeute soigneusement ses enfants jusqu’à ce qu’il ne reste d’eux que ce qu’elle tolère : une personnalité féminine et sans danger qu’elle peut posséder. 

e – La question de l’ambivalence et de l’objet partiel

  • Au début de la relation d’objet, Mélanie Klein et Winnicott précisent que les objets sont clivés par le petit enfant
  • Il existe par exemple une mère qui nourrit et qu’on dévore avec une oralité agressive versus une mère réconfortante qui prend soin et qui rassure. Et ces deux objets co-existent indépendamment l’un de l’autre dans le psychisme du petit enfant
  • Ce qui est également une façon de protéger quelque chose de bon dans l’objet qu’on aime, même si on a envie de le détruire et de le consommer en parallèle
  • Et il existe une époque où le petit atteint une position dite d’ambivalence où ces deux images se réconcilient pour former une même représentation, unique, combinée qui permet à l’enfant d’accepter que certains objets ne sont pas noirs ou blancs mais possèdent une palette de teintes intermédiaires
  • Dans une situation où la mère ne tolère pas les incursions de son enfant et où le père les évite ou bien est absent, plusieurs phénomènes peuvent se produire :
    • L’enfant peut se prémunir de son agressivité pour ne pas abîmer les parents : parfois les bébés se laissent mourir de fin ou bien se sèvrent d’eux-même palier à leur agressivité
    • Pourtant, cette agressivité est une bonne chose lorsqu’elle est canalisée : elle vous permet de vous lever à 5h du matin pour aller prendre un avion ou bien de jouer des coudes pour remporter un concours. L’agressivité est normale et elle existe chez le nourrisson à l’état brut : avide, il a envie de mordre et de s’approprier le sein qui le nourrit
    • Mais en refusant à l’enfant sa propre agressivité, en l’empêchant de l’utiliser et de la canaliser, les parents l’empêchent de grandir. Littéralement, ils coupent la sève qui permettrait à l’enfant de déployer ses branches
    • L’enfant peut alors continuer de cliver les objets en bon et mauvais objets : celui qu’on consomme vs celui qu’on aime, ce qui peut compliquer les relations amoureuses
    • Et enfin, les parents, avec ce comportement, peuvent empêcher l’enfant d’atteindre à sa capacité de sollicitude : c’est à dire son optimisme, la croyance qu’on pourra réparer son agressivité, de façon certaine et régulière et qu’il sera donc possible de la gérer normalement comme un adulte. Et de l’accepter
    • Et ces problèmes feront évidemment homothétie plus tard, dans les stades suivants : l’enfant ne saura pas exprimer sa colère lors du conflit oedipien ou bien encore à l’adolescence, piégeant l’enfant au seuil de la vie
  • On en viendra naturellement à la question de l’objet partiel, si cruciale pour comprendre la sexualité homosexuelle : l’objet partiel, c’est quand on aime l’autre tout en évitant qu’il soit là. On en aime des bouts parce qu’on a faim et parce que l’autre ne veut jamais se donner en entier. Disons le autrement : quand on ne peut jamais téter la mère en sécurité, quand elle est inquiétante et que le centre (elle) est inaccessible, il faut donc se contenter de bouts “volés” à la périphérie, d’objets partiels, de morceaux qui donnent du plaisir, sans jamais pouvoir vraiment avoir l’intégralité des choses : on ne peut jamais regarder cette mère inquiétante dans les yeux. Le plaisir est toujours un absolu de l’autre coté. Et on reste toujours rivé au féminin : rivé à ce miroir qui ne va pas se donner.

f – Cristallisations ultérieures sur le stade anal ?

Tout d’abord, il nous faut expliquer ce que c’est que le stade anal : la meilleure façon dont on pourrait expliquer la chose, c’est de dire qu’un certain nombre de fonctions (ultérieurement) cognitives se construisent au départ sur la base de fonctions organiques.

Dans notre cas, la capacité d’opposition, la fonction intellectuelle “retenir vs lâcher prise” se construit au départ sur les sphincters, c’est à dire sur la fait que le bébé accepte ou non de faire pipi et caca, c’est à dire de retenir ou bien de relâcher.

Pour prendre une métaphore informatique, les fonctions organiques sont à l’intellect ce que le boot et la programmation système sont aux systèmes d’exploitation : une intelligence matérielle et concrète qui sert de fondation et de socle aux fonctions intellectuelles plus avancées.

En effet, faire pipi et caca n’est pas qu’une question de déjections. Très tôt, le bébé projette et cristallise dessus un certain nombre de ses émotions.

Franz Alexander rappelle d’ailleurs brillamment que lorsque l’enfant n’est pas nourri, il sort de la posture passive de l’allaitement pour aller mordre le sein qui ne le nourrit pas et lésé de ne pas avoir mangé à  sa faim, il finit par retenir les excréments pour se venger : non seulement tu ne me nourris pas mais en plus tu me demandes de donner, je ne lâcherai rien ou si je le fais ce sera sous forme de diarrhée agressive pour me venger (sadisme anal).

A ce titre, le stade anal peut permettre dans le développement ultérieur de l’enfant de contrecarrer les empiètements de la mère et de l’environnement tout en préservant, au secret, quelque chose de réellement personnel, le vrai self derrière le faux self qu’on protège, au noir, de la main mise de l’extérieur, car sans vrai self, il ne resterait qu’une personnalité de papier destinée à mourir parce qu’elle n’apporterait rien d’actif sur la table et dans le jeu avec les autres.

On notera, enfin, sur cette ligne que certains enfants peuvent se sentir “faux”, “menteurs” ou bien “prostitués”. Il faut qu’ils comprennent que s’ils se sentent prostitués, c’est précisément parce qu’on ne leur a jamais appris à jouer pour eux-mêmes, pour le plaisir d’eux-mêmes, mais toujours à jouer pour réparer un autre et que la “fausseté”ou bien la dissimulation que certains peuvent ressentir à l’égard de leurs véritables sentiments n’est en réalité qu’une défense : quand il faut toujours payer pour avoir le droit de manger, quand il faut toujours s’arracher quelque chose pour avoir le droit d’exister, quand l’échange avec la mère n’est pas un jeu libre mais toujours une négociation, il faut porter un masque pour faire plaisir même si on ne ressent pas les choses “pour de vrai”. Le mensonge, la fuite et, en dernier recours, la colère deviennent alors des châteaux forts pour préserver quelque chose de soi, cette petite flamme personnelle, ce reste de vie à soi qu’il s’agit désespérément de ne pas voir s’éteindre. Surtout que la mère n’étaye pas forcément bien les jeux transitionnels de l’enfant, ces jeux autonomes qui permettent au petit de survivre en son absence. Certaines mères s’évertuent même à les éteindre, écrasant toute production de leur progéniture : “ce n’est pas toi qui a fait ce dessin”, “tu ne sais rien faire”, “c’est raté”…). Comment, alors, gérer l’absence quand on n’a même pas de jeu pour passer le temps ? Pour se remplir d’un semblant de ce qui fait défaut ? 

g – Aigreur, rancoeur et dépression ?

  • Un cliché souvent rebattu sur les homosexuels est évidemment leur propension à la mélancolie, à la tristesse, à la dépression, au suicide, aux conduites à risques, à l’aigreur et au ressassement d’un supposé abandon ou bien d’une trahison.
  • Et si c’était vrai ? Et si ce cliché n’en était pas un ?
  • La dépression et le risque suicidaire sont généralement le résultat d’une décompensation : l’individu qui avait mis en place depuis son plus jeune âge des défenses psychologiques contre des blessures infantiles les voit s’effondrer comme un château de cartes lorsqu’il est ré-exposé à des blessures similaires ou à des contextes stressants connexes.
  • Le barrage psychique mis en place durant l’enfance et qui protégeait l’individu de ses traumas infantiles cède et le sujet est alors ré-absorbé tout entier dans la douleur. Et la dépression commence.
  • On peut donc facilement prévoir que si les blessures originelles ont trait à un défaut d’amour de la mère et à une difficulté de l’individu à instancier sa propre personnalité, les situations de manque d’amour et d’incapacité à s’instancier (rupture amoureuse, partenaire anal, instable ou froid, vieillissement, maladie…) ne peuvent que réveiller la dépression et réexposer le sujet à ce qu’il craint le plus : la trahison d’amour.
  • Et c’est probablement cette trahison d’amour primordiale (la trahison de la mère) que ressassent les homosexuels en la plaquant sans s’en rendre compte sur ces ex qui les ont abandonnés ou sur ces situations qui ne se sont pas passées comme prévu.
  • Incapable de dire la trahison dont il a été victime et dont il a été crédule, l’homosexuel  ressasserait de la colère mais qu’il ne peut ni conscientiser ni assumer et qu’il retournerait contre-lui en masochisme moral dont il finirait par jouir.
  • Winnicott de rappeler :  « une autre façon de gérer la réalité interne pourra être le masochisme.  l’individu trouve le moyen de souffrir et, du même coup, exprime son agressivité, se fait punir, ce qui le décharge de la culpabilité, et ressent une excitation sexuelle et une satisfaction »
  • Pour mieux comprendre comment les blessures infantiles peuvent créer de la haine rentrée et inassumée qui se change ensuite en culpabilité, masochisme moral, dépression et rétention dans la rancoeur tant que le sujet n’a pas admis sa colère de n’avoir pas été aimé, on se réfèrera volontiers à la conférence du docteur Nasio sur le sujet.

8 – Hypothèses sur l’origine de l’homosexualité elle-même

Quand l’enfant se cherche, c’est que les parents ne se trouvaient pas.

Bokanowski rappèle : “c’est dans la mesure où la régression névrotique défensive du désir œdipien, chez l’un des parents, rencontre une organisation en clivage, chez l’autre, que certaines conditions sont alors réunies pour le développement futur d’une homosexualité agie, par le fils, à l’adolescence, où à l’âge adulte.”

En clair, entre une mère qui garde le phallus par devers elle et un père incapable de le transmettre, l’enfant se trouve piégé.

La vraie liberté ne se trouve que dans le lâché prise. Dans la fin du spasme (anal-serré comme une main) par lequel on se raccroche en urgence à l’autre pour ne pas tomber. Dans le fait que les problèmes des parents sont les leurs et pas les parents de nos problèmes.

De toutes les façons, quand l’enfant apprend enfin à passer au travers de l’arc électrique qu’est la mère et des peurs qu’elle suscite, il peut enfin se reconnecter au monde, accéder à l’univers tout entier et non plus à la fenêtre étroite qu’elle avait créée pour lui et commence alors son propre destin, son je-désirant.

a – Homosexualité : l’hypothèse freudienne

Freud signale dans Trois essais sur la théorie sexuelle : “Il ne fait aucun doute qu’une grande partie des invertis masculins a conservé le caractère psychique de la masculinité, comporte relativement peu de caractères secondaires de l’autre sexe et recherche à vrai dire dans son objet sexuel des traits psychiques féminins”.

Pour expliquer ce phénomène Freud va souligner une représentation intéressante chez l’enfant :  sous la figure fantasmée du père (fort, musclé, voyou, puissant, étalon, poilu) se trouverait en réalité, déguisée, une mère archaïque : une mère forte en possession du phallus. Sous le fantasme de l’homme fort, se cacherait en réalité le fantasme plus archaïque d’une mère masculine. Chez l’homosexuel, paradoxalement, le prototype de l’homme ne serait pas le père mais bien cette mère chef de horde, puissante et sans partage.

Et Freud de compléter : l’homosexuel “s’empresse de transcrire l’excitation reçue de la femme sur un objet masculin”. On pourra suivre ici, pour mieux comprendre, l’explication de Lionel le Corre : le sujet retranscrit son désir sur les hommes car les hommes ressemblent à la mère, “ils ont la forme générale du fantasme inconscient de l’homosexuel” sans pour autant être frappés d’interdit oedipien : “les invertis présumés ne peuvent choisir qu’un objet non marqué imaginairement par la castration sur lequel ils transposent, le cas échéant, l’excitation provoquée par la femme”. En termes simples : là où le petit hétérosexuel va chercher d’autres femmes qui ressemblent à la mère, le petit homosexuel va chercher d’autres hommes qui ressemblent à la mère, “par fidélité à l’amour reçu de la mère”.

Bokanowski précise : “Dans ces cas, l’investissement de l’objet idéal qu’est le père primitif (phallique) ne peut se faire que par l’intermédiaire d’une mère qui porte en elle l’imago phallique du père primitif : c’est la raison pour laquelle on peut être conduit à parler, non pas en terme de transfert homosexuel, mais en terme de transfert maternel […] à titre d’exemple, quand un patient homme est en analyse avec un analyste homme, le transfert, en apparence homosexuel masculin, peut en masquer un autre, plus régressif, qui transforme l’analyste en mère prégénitale (narcissique-phallique) et le patient, qui par identification régressive va s’identifier à cette figure féminine, organise alors, à bas bruit, un transfert homosexuel de type féminin (femme/femme).

L’homosexuel choisirait-il les hommes comme partenaires privilégiés parce qu’ils ressemblent à la mère ? Une mère forte avec un self masculin.

Et Freud de penser que ce serait à ce moment là que se ferait le choix d’objet : « Si cette représentation de la femme au pénis se “fixe” chez l’enfant, résiste à toutes les influences ultérieures de la vie et rend l’homme incapable de renoncer au pénis chez son objet sexuel, alors un tel individu, avec une vie sexuelle par ailleurs normale, deviendra nécessairement un homosexuel [je souligne] et cherchera ses objets sexuels parmi les hommes qui, pour d’autres caractères somatiques et psychiques, lui rappellent la femme ».

Bokanowski souligne dès lors une bifurcation intéressante face à cette posture étouffante de la mère :

  • Soit une réponse acceptante, de résignation : “une homosexualité pour laquelle prédomine l’indifférence du type de partenaire, car ce qui est recherché est le culte au pénis ; aimer n’est pas la question car être aimé est le but exclusif, l’amour recherché vouant un véritable hommage (de type fétichique) au pénis ; cette forme d’homosexualité s’inscrit souvent dans un tableau psychopathologique où des conduites de type masochiques prononcées conduisent les sujets à prendre des risques pouvant mettre leur vie en péril”. Cette homosexualité étant alors à entendre comme un renoncement complet, une sorte de soumission totale à une mère qui détient le pouvoir.
  • Soit une réponse active de fuite : “Le sujet met toute son énergie à expulser de lui toute trace de féminité : il lutte contre un envahissement maternel dans l’enfance et contre un ressentiment à l’égard de la mère (dont la nécessité de son absence fait les conditions de la jouissance) dans une rencontre avec un partenaire venant rappeler le père exclu”. La misogynie est alors  à entendre comme l’évasion de la “prison maternelle” vers le père, terrain de jeu libre et possible. Dans ce second cas, “la mère pouvant être dès lors l’objet d’un traitement fantasmatique très sadique”. On pourra d’ailleurs, dans cette lignée, se demander si certains suicides ne sont pas liés à une sensation d’échec : l’échec de ne pas avoir réussi à décoller cette mère envahissante de la peau, comme si elle faisait tatouage indélébile.

b – L’hypothèse de Winnicott et de l’école anglaise

  • La notoin d’empiètement nous donne un indice sur la vision anglaise : c’est que la mère n’est peut-etre pas un choix joyeux pour l’enfant mais bien une pliure obligatoire. Quelque chose auquel il faut bien se conformer parce que ça vous tord. La mère serait-elle un choix forcé, un choix par défaut? Un impossibilité d’investissement ? Comme quand, enfant, vous devez bien aller chez ces lointains parents qui vous gardent mais que vous n’appréciez pas spécialement et dont vous sentez bien qu’ils ne sont pas une maison.
  • Après tout, si l’on regarde les choses à travers la lentille de l’empiètement, la femme, pour le petit, c’est cette impossibilité technique avec laquelle on n’arrive pas à s’accorder : celle qui ne soigne pas bien, celle qui fait peur
  • Alors même que le père, c’est cette zone franche que la mère n’arrive pas à mettre sous son contrôle et qu’au fond, elle craint. C’est ce territoire de liberté à l’horizon que l’enfant peut investir pour jouir sans être inquiété.
  • Ce qui ne manquera peut-être pas de cristalliser sur l’oedipe : la mère est à évincer pour obtenir le père.
  • On notera enfin que Freud, avant Winnicott, a clairement l’intuition que cet empiètement joue un rôle fondamental dans la genèse de l’homosexualité. On trouve trace de ses réflexions sur le sujet dans la correspondance avec Binswanger à propos du cas J. v. T.
  • Freud signale à propos de son jeune patient homosexuel : ” A mon instigation, le patient a conseillé à sa mère de ne revenir le voir que dans huit jours ; en fait, il ne la réclame jamais. Sa mère vient tous les jours demander s’il ne s’est rien passé d’horrible (elle habite à l’hôtel !), s’il n’a pas les pieds mouillés. […] le patient a organisé un mode de vie dans l’abstinence, qu’il transgressait en secret par l’onanisme avec des fantasmes homosexuels.”
  • Lionel le Corre, dans son ouvrage “L’homosexualité de Freud” finissant d’attraper très nettement la chose : “Une fois le père mort […] ce montage fantasmatique tient lieu, pour lui, de compromis lui permettant d’échapper à “l’êtrification phallique” qui se déduit du vouloir glouton de la mère.
  • Pour l’école anglaise, hétérosexualité, bisexualité et homosexualité pourraient donc d’abord se comprendre à travers le regard posé par la mère sur son enfant : si l’empiètement est effectivement central, comme le pense Winnicott, si la mère ne laisse pas respirer son petit, si elle remplace l’expérience du petit par la sienne, si elle la recouvre, la question pour le petit est alors « qui suis-je ? » lorsque la mère n’est pas là ? A quoi ressemble la capacité d’être seul ? Qu’est-ce qu’un moment d’indépendance relative ? Qu’est-ce qu’un moment d’indépendance totale ? Que se passe-t-il lorsque je me mets à désirer pour moi-même et non pour un autre ? A quoi ressemble ce moment de je-désirant que la mère n’a pas aidé à construire comme une direction assistée et dont j’ai peur parce qu’il est, par essence indéfinissable, à venir, à construire mais toujours de l’autre coté ? Que veut dire franchir la porte sans crainte de l’effondrement pour aller expériencer de l’autre coté un monde à soi ? Libre.

9 – Homosexualité. Quelles voies d’émancipation ?

a – Homosexualité et damnation 🙂

  • Les homosexuels sont-ils des être damnés ou abjects ? Non, juste des gamins qui ont eu des mères et des pères compliqués, comme beaucoup d’hétérosexuels d’ailleurs et qui ont survécu aux problèmes comme ils ont pu, ce qui est déjà pas mal. Ce sont des enfants résilients qui, pour éviter de sombrer dans le vide se sont accrochés pour suivre une ligne d’espoir
  • Faut-il les condamner ? Faut-il condamner des enfants qui se sont donnés la peine de survivre à un semblant de mort ? Ca s’appelle une double peine…
  • Sont-ils différents des hétérosexuels : non. Si vous avez bien lu ce texte, vous aurez compris qu’il n’y a pas les hétérosexuels d’un coté et les homosexuels de l’autre. Il y a un continuum et nous, hétérosexuels, homosexuels somme juste saupoudrés différemment sur la continuité du spectre. Les enfants hétérosexuels qui ont eu la chance d’avoir un environnement plutôt équilibré sont à un bout du spectre et les enfants hétérosexuels et homosexuels qui ont du s’en tirer par eux-mêmes sont à l’autre bout du spectre. Ce qui, étrangement, nous fait un joli point commun avec certains gamins dits de « banlieue ».

b – Homosexualité et amour

  • Les homosexuels peuvent-ils aimer ? Oui. Même si c’est compliqué (mais comme pour tout le monde).
    • Tout d’abord, rappelons que l’amour, c’est donner et c’est recevoir. Si la mère a obligé l’enfant à investir une défense anale, donner et recevoir sera un peu plus compliqué que la normale. En effet, l’enfant s’est habitué à bloquer ce qui rentre parce que la mère s’est avérée instable ou brutale et il s’est habitué à bloquer ce qui sort parce que la mère le détruit ou bien n’y donne pas écho.
    • Ensuite, pour des garçons affamés, que leur mère n’a jamais nourris et que la faim tient éveillés, le couple peut ressembler de près à retomber dans la contrainte : il faut se plier à l’autre, le couple peut donner la sensation de renforcer un faux self à cause des compromis qu’on fait pour l’autre. L’enjeu de l’amour pour les homosexuels est donc peut-être d’apprendre à laisser passer. Ensuite, les défaillances et les imperfections du partenaire peuvent aussi renvoyer le sujet à ses craintes d’effondrement : la défaillance de l’autre est comme un rappel du holding défaillant, du bébé qu’on  lâche, du flow qui ne marche pas. Le jeu est alors d’éviter le plus longtemps possible l’amour pour ne jamais le regarder dans les yeux, pour ne jamais devoir ré-éprouver le manque d’amour de la mère et du père, pour ne jamais devoir affronter à nouveau le vide, la mort et la colère qui s’en suit.  Mais il faut dire que lorsqu’on a passé des années à nourrir une mère comme un enfant d’alcoolique ramasse les bouteilles, on n’a plus forcément toujours l’énergie pour se plier à quelqu’un de neuf.
    • Enfin, il peut y avoir une peur de libérer son agressivité dans les jeux amoureux : puis-je être moi-même ? Pourquoi l’amour fait-il ressurgir des sentiments aigus de manque, de nutrition, de colère ? Pourquoi ai-je envie de retalier mon partenaire quand il n’est pas nutritif ? Pourquoi cette colère ? Si l’ambivalence de l’objet n’est pas bien maîtrisée, les enfants auront du mal à concilier sexe et amour dans des bulles qui ne soient pas opposées. Il suffit de suivre sa faim.

c – Homosexualité et communauté

  • Quel rôle pour la communauté ? (si souvent décriée). D’une part, en se donnant comme pères abordables les uns aux autres, les membres de la communauté jouent les uns pour les autres le rôle de planche de sécurité, de père de substitution avec lequel on peut jouer et qu’on peut explorer, auquel on peut se mesurer sans risque et sur lequel on peut libérer son agressivité. Il est alors possible de « mettre en scène certains éléments mauvais et d’en jouir sans danger ».  La communauté joue donc en premier lieu le rôle d’un cadre structurant qui permet de faire passer les plus jeunes au stade phallique : les plus anciens peuvent, comme une famille élargie, extirper les enfants de leurs appétits et de leurs rivalités féroces en leur permettant régulièrement de faire l’expérience de leur colère pour la maîtriser.
  • En second lieu, la communauté peut être l’endroit où les petits apportent leur pierre à l’édifice, « font leur trou », sont eux-mêmes et sont reconnus. La communauté permettrait donc de faire régulièrement l’expérience d’avoir une place.
  • Ensuite, la communauté permet de faire l’expérience du droit à refuser : « je te fais confiance si tu me reconnais le droit de refuser ». Ce point qu’Adam Philips appelle le point de non retour des chatouilles : point d’inflexion où les chatouilles ne font plus rire mais deviennent de la douleur et qui, si on le dépasse, font perdre toute confiance à l’enfant. La communauté sert aussi à « récupérer » ce point dépassé par les parents pour retrouver possession de soi à travers le respect des autres membres.
  • La communauté est également l’occasion quand l’environnement primitif a été défaillant de pouvoir retrouver quelque chose de bon qui a été perdu. La colère que beaucoup d’homosexuels éprouvent trouvant souvent ses racines dans cette lancinante douleur que quelque chose de bon a été irrémédiablement « paumé » en cours de route.
  • Enfin, la communauté est aussi l’un des endroits qui peut permettre de réinstaurer une pulsion d’amour là où la mère n’a laissé que de la peur et de la paranoïa.
  • Dernière chose : quand les plus âgés accueillent les plus jeunes, ils ne sont rien moins que des parents. Et là, ce sont les adultes qui bénéficient de ce plaisir universel qu’ont tous les parents à gommer les erreurs de leurs propres parents en élevant leurs enfants comme ils l’entendent.

d – Homosexualité et société

  • Les homosexuels sont-ils utiles à la société ? Bourdieu disait que les gens les plus intéressants sont ceux à la périphérie du système, ils le voient clairement, il  n’y ont aucun intérêt. Quand à Nietzsche, il ne souhaitait que des difficultés à ses amis, en les faisant réfléchir, ça en faisait des gens meilleurs – nous sommes plutôt bien placés. Disons que comme nos petits homosexuels sont saisis d’une quête d’identité, comme ils ont faim et comme ils ont tendance à sublimer cette faim, nos petits Raphaël, De Vinci, Wilde, Turing et Alexandre le Grand, courent le monde et le font avancer bien mieux que tous les beaufs qui les condamnent et que l’histoire ne retiendra pas. Notre communauté est une communauté libre qui a besoin de danser sans contraintes les yeux fermés. Elle fera avancer tous ceux qui ont envie et besoin de faire de même.
  • La question de la dépénalisation et de la dépsychiatrisation de l’homosexualité. La question du mariage gay. La question de l’adoption. Pour des enfants qu’on a empêché de grandir, la pénalisation et la psychiatrisation ainsi que l’interdiction au mariage ressemblent de près à la redite d’une contrainte maternelle étouffante et morbide. En disant publiquement que l’homosexuel est un être à part entière, la société lui ouvre le droit que ses parents lui ont refusé : de grandir et de faire société. De même, pour un enfant dont les production ont été souvent systématiquement détruites par la mère, avoir des enfants et bien les élever est une victoire extraordinaire. Mais on n’élève pas d’enfants pour soi, on les élève pour eux. Et pour avoir des enfants, il serait bien que les homosexuels commencent par être à eux-mêmes grâce à la psychanalyse avant de vouloir avoir une progéniture. Conseil qui s’applique d’ailleurs en premier lieu à tous les hétérosexuels qui élèvent des enfants juste parce qu’ils le peuvent (biologiquement) sans se soucier de savoir quelles névroses ils portent et qu’ils vont passer parfois comme une malédiction à leurs enfants hétéros comme homos.
  • Pourquoi les homosexuels me regardent-ils des fois dans la rue, ça me gène ? Ben parce que t’es mignon, que t’as un joli cul et qu’ils te regardent comme toi tu mattes les meufs… Et peut-être aussi parce que t’as l’air d’être vivant et libre, bref le genre de garçon qu’ils auraient bien aimés être.
  • Les homosexuels abusent-ils de l’alcool et des drogues ? Pas plus que les hétéros. C’est juste que la fête, l’alcool, les drogues, la soumission sm, le suicide sont des façons pour ces enfants réveillés trop tôt, de retomber enfin dans l’inconscience, c’est une joie. Il s’agit pour eux de troquer l’espace de contraintes et de frustrations crées par la mère contre un espace d’inconscience et de jeu dont ils ont toujours manqué.
  • Les homosexuels ont-ils tous le sida ? Non, mais ce sont eux qui ont lutté en premier pour que toi, hétéro, tu aies accès au traitements et à des capotes gratuites (cf. Cleews vellay de chez Actup). Et s’ils ont eu (plus) le sida que les autres dans les années 80, c’est juste qu’on baisait plus parce que pour nous le sexe n’est pas coupable, on fait pas de gamins, on a pas l’église sur le dos. Le sexe, c’est retrouver la fusion perdue / jamais eue. Mais bon, maintenant, les hétéros se sont mis au niveau 

Pour poursuivre la lecture :

Sur le web :

En papier :

  • Principes de Psychanalyse (Franz Alexander)
  • Le moi et les mécanismes de défense (Anna Freud)
  • La capacité d’être seul, Jeu et Réalité, la Mère suffisamment bonne, Agressivité/Culpabilité/Réparation, Processus de maturation chez l’enfant (Winnicott)
  • Trois essais sur la théorie sexuelle, Totem et tabou, Conseils aux médecins sur le traitement analytique, le cas J.V.T, Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci & Cinq Psychanalyses (Freud)
  • On kissing, tickling & being bored (Adam Philips)
  • L’homosexualité de Freud (Lionel le Corre)
  • Flow, the psychology of optimal experience (Mihaly Csikszentmihalyi)
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Olivier Mokaddem • 27 août 2016


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