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Prévention santé gay

Prévention Santé gay : pourquoi certaines campagnes peuvent ne pas fonctionner ?

Tout d’abord, un constat sur la prévention santé gay :

Un constat sur la prévention santé gay : le nombre de découvertes de nouveaux cas de séropositivité ne cesse d’augmenter chez les hommes ayant des rapports sexuels aves des hommes (HSH) depuis 2003, particulièrement chez les jeunes. C’est aussi la seule population à voir son nombre de nouvelles découvertes de séropositivité progresser, passant de moins de 30% en 2003 à 43% aujourd’hui.

Les chiffres concernant les autres IST ou MST ne sont guère plus encourageants, depuis 2000 leur prévalence est également en hausse constante. La syphilis qui  avait pourtant quasiment disparue augmente chez les HSH d’environs 30 à 50 % chaque année depuis 2013 alors que le nombre d’infections à gonocoques a augmenté également de 100 % chez cette même population entre 2013 et 2015.

Si beaucoup d’effort ont été réalisés de la part des associations et des laboratoires afin de lutter contre les comportements sexuels risqués, ces chiffres inquiétants suggèrent une résistance aux campagnes de préventions chez cette population.

Des plus classiques aux plus innovantes, ces campagnes sont parfois critiquées pour leur côté invasif,  provocateur et parfois donneur de leçon quand d’autres saluent leur utilité et leur pédagogie.

En Psychologie, ce n’est jamais l’opinion qui nous préoccupe mais la Science. Au-dela des jugements personnels, c’est donc plus la question de l’efficacité de ces campagnes qui nous intéresse.  Sujet primordial et beaucoup trop souvent ignoré.  Et notamment, comment interpréter ces rejets ? 

Quels mécanismes objectifs se cachent derrière les refus de prévention santé gay ?

Une première explication que nous allons proposer ici viens d’une réaction Psychologique appelée “réactance” ou plus communément “effet boomerang“.

Nous savons depuis longtemps en Psychologie que les campagnes de prévention santé qui utilisent des messages négatifs pour rendre leurs messages percutants, sont susceptibles de provoquer un effet de réactance chez les populations concernées.

On prendra comme exemple une étude réalisée en 2013 par le Journal Scientifique Médecine /Science sur l’efficacité des paquets de tabacs neutres avec des images chocs sur le comportement des fumeurs qui montre précisément un effet boomerang : si la vue de ce genre de paquet confirme chez les non-fumeurs le refus de ne pas commencer à fumer, elle provoque néanmoins une envie encore plus insistante chez les fumeurs en manque.  

Découverte par Brehm en 1966, la réactance est donc un phénomène qui, menaçant le sentiment de liberté d’une personne, provoque des conduites opposées à celles recommandées.

Dans le cadre d’un enjeu de santé, on retrouve la réactance quand les personnes, qui pensent avoir une conduite sûre, persistent en fait dans leurs comportements risqués. Ainsi, il ne serait pas étonnant de constater cet effet chez les HSH qui, pensant adopter des gestes les protégeant contre le VIH, seraient moins enclins à se protéger suffisamment lors de rapports sexuels en réponse à des campagnes de préventions agressives et menaçantes.

Par exemple, les campagnes affirmant que ne pas porter de préservatifs peut conduire à la maladie ou l’isolement social etc., sont susceptibles d’être interprétées d’une manière contreproductive et pourraient renforcer certains comportements risqués.

L’effet boomerang serait donc à surveiller car il pourrait être l’un des facteurs expliquant la hausse constante du taux de HSH touchés par des infections alors même que les campagnes de préventions sont nombreuses et ciblées.

La hausse concerne avant tout les jeunes HSH, une génération qui n’a pas était témoin, contrairement à celle précédente, de l’explosion du VIH dans les années 80 et ses conséquences. Se sentant moins directement concernés par cet enjeu de santé, ils prennent peut-être moins la peine de s’informer des modes de transmissions des différents MST et des moyens de protections et sous estiment donc la gravité de certains de leurs comportements.

Une étude de 2016 montre par exemple, que 20 % des jeunes de 15 à 25 ans pensent que le VIH peut se transmettre en s’embrassant. Cette désinformation entraine des fausses croyances qui favorisent elles-mêmes l’effet boomerang.

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Edouard • 10 juillet 2017


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