Qu’est-ce que l’innovation de rupture ? Peut-on en donner une définition ?

Avant de vouloir définir ce que c’est qu’un bon outil d’innovation de rupture, peut-être faut-il commencer par définir ce que c’est que l’innovation.

En effet, si l’on prétend proposer des outils, encore faut-il pouvoir vérifier que ces outils sont valides : c’est à dire qu’ils s’inscrivent bien dans le sujet qu’on cherche à traiter, que ce ne sont pas des outils de charlatans et qu’ils ont un effet réel lorsqu’on cherche à construire de l’innovation de rupture.

C’est un peu comme avec le test de QI : si l’on prétend mordicus qu’il marche et qu’il est fiable, mieux vaut, alors, se donner une bonne définition de l’intelligence pour le prouver. Sans quoi, comment vérifier qu’il mesure bien votre niveau intellectuel ? Et d’ailleurs, c’est tout le problème du test de QI : que mesure-t-il en réalité quand on sait que les psychologues n’arrivent pas depuis plus de 100 ans à se donner une définition claire et unifiée de l’intelligence ? À la fin, on se fie à un test dont on ne sait pas bien ce qu’il mesure ou qui mesure quelque chose qu’on ne comprend pas…

C’est en suivant cette mauvaise pente qu’on se retrouve avec des DRH qui font passer des quasi tests de Q.I. en entreprise pour recruter des employés. Passons d’ailleurs sur le peu de déontologie de la chose.

Avant de parler outils d’innovation de rupture, il nous faut donc répondre à la question « Mais qu’est-ce que c’est que l’innovation ». Et la question n’est pas simple : il est aussi difficile de définir l’innovation que de vouloir définir l’intelligence. En effet, il n’y a pas qu’une sorte d’innovation, l’innovation est un phénomène complexe, mouvant et Nietzsche rappelait que « la vérité ne s’accroche jamais au bras d’un intransigeant ». Tout vouloir réduire à des visions simplificatrices, comme on le voit parfois dans certains articles bien sûrs d’eux ne marche pas : on tue la compréhension d’une chose qui est souvent assez mouvante et qui demande un peu de doigté.

Nietzche et la connaissance d'innovation de rupture
Friedrich Nietzsche

L’innovation, c’est sortir de la production

La première définition qu’on pourrait se donner de l’innovation est la suivante : l’innovation, c’est quand on fait quelque chose qu’on ne savait pas faire jusqu’à présent.

Pour prendre une métaphore, l’innovation, c’est quand le pâtissier cesse de faire les croissants et les gâteaux dont il a l’habitude et dont il connaît la recette par coeur pour tenter quelque chose de nouveau.

L’innovation, c’est donc sortir de la production pour repasser dans la création.

L’innovation, c’est lorsque le pâtissier cesse de s’ennuyer à produire à la chaîne, pour se réveiller, soudain, et découvrir qu’il peut faire autre chose. Autre chose qu’il ne maîtrisait pas et qui est tout aussi bon. Même si c’est nouveau et plus difficile à apprendre et à faire.

L’innovation, c’est prendre un risque

On se doute alors que l’innovation est donc concomitante du risque.

L’innovation, notamment de rupture, implique d’ignorer la peur de changer. Innover, c’est rompre, c’est savoir danser sur un fil.

Dans ce cadre là, on commence de cerner la différence entre innovation incrémentale et innovation de rupture : l’innovation incrémentale, c’est quand on ne sort pas de la production, c’est à dire qu’on se contente d’améliorer la recettes de ses croissants.

L’innovation de rupture, c’est quand on apprend à faire une pâtisserie toute différente. Avec le risque de rater la recette ou que les gens ne l’aiment pas.

Alain Passard, un exemple d'innovation de rupture
Le chef Alain Passard, un exemple d’innovation de rupture à découvrir sur Netflix

Comment repérer les bons outils d’innovation, notamment lorsqu’on cherche la rupture ?

Et bien, il faut analyser les outils et les acteurs dans ce simple référentiel : permettent-ils la création ou bien vous piègent-ils dans la production ?

  • L’agence de publicité est là pour communiquer sur un produit existant. Elle n’est pas là pour faire de la rupture. En tout cas pas au niveau de l’usage. Quand l’agence de publicité intervient, la rupture a déjà eu lieu : en amont, au niveau de la conception du produit ou du service
  • L’agence de graphisme quant à elle, est là pour faire de la communication graphique. Elle est donc exactement au même niveau que l’agence de publicité : elle communique sur un produit dont les grandes lignes d’usages ont déjà été pensées en amont. Que les graphistes interviennent tôt dans les procès d’innovation, je ne peux que m’en réjouir. Mais aujourd’hui, ils sont plus placés sur l’aval que sur l’amont, alors que, inventifs, et placés en amont, les graphistes aideraient à rompre
  • L’agence d’UI, de son coté peut effectivement disrupter certaines formes d’interaction. Mais à moins d’introduire un paradigme d’IHM réellement nouveau, comme l’écran tactile par exemple, les disruptions UI restent la plupart du temps assez rares. Soyons honnêtes, l’introduction d’un menu burger n’est pas non plus la révolution du siècle : c’est de l’incrémental. Au niveau de l’UI, ce sont plutôt les techs qui produisent de l’innovation de rupture en introduisant de nouveaux paradigmes technologiques
  • Les agences d’UX -à condition que ce soient de vraies agences d’UX et pas des agences de graphisme ou d’UI déguisées en agneaux- utilisent un référentiel qui est uniquement celui de l’expérience client. Or, sous réserve qu’elles aient une bonne définition de l’expérience client, ce qui n’est pas gagné, il faut quand même rappeler que l’UX n’est pas la panacée. L’UX est en réalité un référentiel assez étroit parfois plus étroit que l’ergonomie sur certains problèmes et en ne voyant les innovations qu’à travers le prisme de l’UX on se risque à être un peu court. Benoît Drouillat rappelait dans un article récent que nous avons publié que beaucoup d’agences centrées utilisateurs utilisent en réalité des méthodes de problem solving sans imagination.
  • Enfin, nous avons déjà dit ici même, dans d’autres articles, que les méthodes design thinking sont des méthodes itératives qui cherchent à tâtons dans le noir mais sans toujours trouver la sortie.

Innovation de rupture : le vrai problème, c’est vous

En effet, le péché originel de toutes les entreprises qui veulent créer de l’innovation de rupture, c’est de refuser de voir que si elles n’innovant pas, c’est d’abord leur faute.

Le péché originel de toute démarche d'innovation de rupture : refuser de mourir
Le péché originel de toute démarche d’innovation de rupture

Dans la majorité des cas, les entreprises veulent innover mais surtout pas sortir des rails. Elles ne veulent pas changer. Elles veulent rester telles quelles sont, avec leur culture, leur modèle économique et leur système de production.

Ce n’est pas possible : changer, innover, faire de la vraie innovation de rupture, c’est mourir. Les vrais outils d’innovation de rupture sont ceux qui vous feront mourir.

Parce que pour changer de peau, encore faut-il accepter de la laisser.

Or, la majorité des entreprises veut rester la même mais en même temps innover. C’est impossible. Faire de l’innovation de rupture avec des outils recettes en 20 mn au micro-onde, ce n’est pas chose possible.