Pourquoi les vêtements de seconde main sont-ils si importants dans l’économie circulaire ? Parce que combattre le consumérisme à tout crin et la production fast fashion est l’un des principaux enjeux de l’industrie de la mode aujourd’hui. Aux quatre coins du monde, des entreprises ont commencé de chercher des solutions à ce problème. Mais pour pouvoir résoudre un défi à si grande échelle et d’une telle envergure, il faut souvent comprendre ce qui se passe à la racine, à la base des choses : au niveau micro, impossible de ne pas voir que les femmes aiment, par nature, se mettre en valeur. Quelquefois, ce besoin de paraître belles est motivé par des questions de pression sociale : les femmes se disent qu’elles doivent être « à la hauteur » au travail ou bien à l’université. Et d’autres fois, elles ont juste besoin de se faire plaisir et de se sentir désirables et instagrammables.

Quelle que soit la raison, ce désir de mode se traduit mécaniquement par une consommation non durable de vêtements : les acheteuses accumulent des pièces et finissent par détenir des gardes-robes dont plus de 50% des items ne sont jamais portés. D’autre part, la pression à l’achat les oblige à dépenser des sommes parfois très importantes et peu compatibles avec leur bourse.

La production d’un simple T-shirt requiet pas moins de 2500 litres d’eau soit la consommation d’un individu pendant 2 ans et demi

On voit donc bien, au niveau macro, que le marché pousse les femmes à consommer toujours davantage de vêtements mais le souci, c’est que cela ne pèse pas que sur leurs porte-monnaies. Cette consommation effrénée a également transformé la mode en second acteur mondial de la pollution, juste derrière internet.

La mode produit pas moins de 2,5 milliards de tonnes de déchets par ans. Et pour bien ancrer les choses, la production d’un seul t-shirt requiert pas moins de 2500 litres d’eau, c’est à dire la consommation d’un adulte moyen pendant deux ans et demi. Et comprenez bien que ces exemples ne sont que la partie visible de l’iceberg.

C’est la raison pour laquelle, beaucoup de startups incubées chez IFA Foundry Fashion Tech accelerator ont fait de l’éco-responsabilité un challenge personnel.

Le véritable coût de la fast fashion
Le véritable coût de la fast fashion : le jetable consomme une grande quantité de ressources naturelles et n’est pas souvent recyclable

Mais promouvoir l’économie circulaire demande aussi de casser un certain nombres de clichés. Dans mon cas, il s’agissait des vêtements de seconde main.

Je me présente : je suis Sehrish Raza, la fondatrice de BizB!

Avant de créer ma propre entreprise, j’ai travaillé pendant 4 ans en tant que directrice du marketing dans une entreprise digitale qui s’appelait Codistan.

Sehrish Raza, la fondatrice de BizB, première boutique de seconde main au Pakistan
Sehrish Raza, la fondatrice de BizB, première boutique de seconde main au Pakistan

Et, non sans ironie, le héros de mon histoire s’appelle facebook ! Un jour que je parcourais le fil d’actualité du réseau social, je suis tombée sur une fille qui avais mis sa robe de mariée en vente. L’idée m’a parue géniale : je cherchais moi-même une robe pour mon mariage qui ne me coûte pas une fortune, je connaissais bien le problème. J’ai donc décidé de fonder ma société sur cette idée.

Après des recherches plus approfondies, je me suis rendue compte qu’il existait en réalité une demande assez forte pour des vêtements de seconde main sur le marché pakistanais mais il n’existait alors aucune véritable plateforme capable d’organiser la demande : la seule option dont les gens disposaient consistait à placer des annonces sur les groupes facebook comme on lance des bouteilles à la mer.

D’autre part, l’absence de plateforme et de tiers de confiance permettait une fraude massive qui aurait pu tuer l’éclosion du marché d’occasion et qui n’aidait absolument pas à déverrouiller les clichés autour des vêtements de seconde main.

J’ai donc décidé de relever le défi et en construisant une plateforme qui non seulement aide les femmes à accéder à des offres de vêtements de seconde main mais qui tente aussi de briser l’image négative qui leur est associée.

Chaque garde-robe est une petite boutique de mode. Et les robes de mariées, par lesquelles nous avons commencé, ne sont qu’un début.

L’intention première de BizB est de transformer les garde-robes individuelles en réserves de boutique de mode et de rendre ses lettres de noblesse à l’économie circulaire.

Pour que les pratiques durables aident les budgets des femmes et soutiennent l’environnement au niveau macro, il faut que les vêtements de seconde main promeuvent l’élégance au niveau micro. Et avec BizB, les femmes peuvent rentabiliser leurs penderies tout en étant confortablement assises devant leur ordinateur.

Nous avons déjà pas moins de 6000 clients et un inventaire de 4000 articles qui s’accroît de 70 à 100 pièces par jour.

Et j’espère que mon incursion dans le domaine de la durabilité et de l’achat intelligent ne sont que les débuts d’une grande aventure et les prémices d’une tendance qui fera tâche d’huile.